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C’était un Ruessien, il était citoyen romain.

10/02/2017
C’était un Ruessien, il était citoyen romain.

Publié le 31 juillet 2013 par Roger Maurin

Il s’appelait Lucius Julius Bellicus. On connaît son existence depuis le 15 septembre 2000 par la découverte aux abords de l’église Saint-Georges d’une pierre tombale en arkose sur laquelle était gravée son épitaphe en belles lettres très bien conservées. Il porte les tria nomina caractéristiques de la citoyenneté romaine, le prénom Lucius, le nom Julius et le surnom Bellicus, un nom d’origine gauloise, peut être Bellic à l’origine qui a été ensuite latinisé en Bellicus. On lui a donné le neuvième jour après sa naissance le prénom de son père, Lucius, dont il était le fils ainé.

Son père était déjà citoyen romain, il faisait partie de la gens Julia, le nom de famille de Jules César qui s’appelait en fait : Caïus Julius Caesar. On peut supposer que son père ou son grand père avait reçu la citoyenneté romaine de César lui-même ou de l’un des premiers empereurs romains qui lui ont succédé : Auguste, Tibère, Caligula ou Claude.

Quand vivait-il ? Il est impossible de donner une réponse précise, sans doute dans la deuxième moitié du premier siècle de notre ère, entre 50 et 100 après Jésus Christ.

C’était un homme important de la cité, son tombeau était un monument public qui ne pouvait pas être transmis à ses héritiers.

Nous avons donné son nom à une petite rue à proximité de l’emplacement supposé du forum de Ruessium, en un lieu où, un jour, il y a près de 2000 ans, ont pu le conduire ses pas.

La pierre en arkose qui porte son épitaphe a été placée à l’intérieur du musée archéologique Michel Pomarat où chaque visiteur pourra découvrir la grande qualité de l’inscription funéraire.

On peut lire sur la pierre avec, entre chaque mot, un point de séparation triangulaire :

L × IVL × L × F × BELLI
CO × H × M × H × N 
× S ×

Ce qui signifie,

en latin :
Lucio Iulio Luci Filio Bellico
Hoc Monumentum Heredem Non Sequetur

et peut se traduire en français par :
A Lucius Julius Bellicus Fils de Lucius
Ce monument ne fait pas partie de l’héritage

Un Lucius Julius Bellicus apparaît sur une tablette de cire trouvée en 1986 à Londres. C’est la plus longue tablette qui ait été  trouvée en Grande –Bretagne.

Il s’agit d’un document juridique dressé sous le règne de l’empereur Trajan Hadrien César Auguste consul pour la deuxième fois, la veille des Ides de Mars [14 Mars 118]. Il y est attesté que Lucius Julius Bellicus a acquis de Titus Valerius Silvinus un bois de 5 acres pour la somme de 40 deniers. Ces deux propriétaires du Kent romain sont par ailleurs totalement inconnus. Les noms Julius et Valerius suggèrent une origine provinciale de Gaule cisalpine ou transalpine, descendants d’affranchis à la fin de la République romaine. Le surnom Bellicus est d’origine celtique. Aucune de ces deux personnes, à en juger par son nom, n’est d’origine britannique. Tous deux sont des citoyens romains.[1]

Ce Lucius Julius Bellicus, signalé en Grande Bretagne, est-il le même que celui dont on a retrouvé la pierre tombale à Saint-Paulien ou s’agit-il d’un homonyme ? Si c’est lui, était-ce un légionnaire faisant partie d’un corps expéditionnaire ? Pourquoi achète-t-il ce bois alors qu’il n’est pas britannique ? Des questions qui resteront pour l’instant sans réponses.

Si ce n’est pas lui, ces deux hommes ont en commun, outre les tria nomina, la citoyenneté romaine et la descendance d’affranchis de la République. Les savants épigraphistes qui ont analysé la pierre datent cette inscription du Haut Empire. Cette datation correspond avec celle de la tablette retrouvée à Londres.

[1] ‘A five-acre wood in Roman Kent’, by Dr Roger Tomlin, University of Oxford.