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Commémoration

10/02/2017
Commémoration

Publié le 27 juillet 2014 par Roger Maurin

70e anniversaire des combats de 1944

Dimanche 20 juillet 2014, date choisie car 70 ans plus tôt, jour pour jour, avait lieu à Champagne un combat meurtrier entre résistants et troupes de l’occupation. C’est sur ce même site, devant la stèle érigée en l’honneur de maquisards morts pour la France, que Roger Maurin adjoint au maire dirigeait cette cérémonie de commémoration.  Autour de lui étaient réunis : Marie-Agnès Petit conseillère régionale, Raymond Gimbert président de l’union des anciens combattants, Eva Curie directrice du service départemental de l’ONAC, Laurent Duplomb maire de Saint Paulien, Gilbert Meyssonier maire d’Allègre, des porte-drapeaux autour de leur président René Vidal, des représentants de la gendarmerie et des sapeurs pompiers, des élus municipaux et de nombreux citoyens.
Grace à de nombreux témoignages recueillis et de nombreuses recherches, Roger Maurin nous faisait revivre en détail cette journée anniversaire. « En juillet 1944, la garnison du Puy des troupes d’occupation compte un millier d’hommes dont environ 300 Tatars de la Volga. En Haute-Loire des maquis se sont formés qui commencent à harceler les patrouilles allemandes qui se hasardent à quitter la ville chef-lieu. Le plus important d’entre eux est le camp Wodli commandé par Théo Vial-Massat.
Théo nous a quittés le 30 octobre dernier, Théo était encore présent ici il y a deux ans pour s’incliner devant cette stèle, Théo que nous nous n’oublierons jamais et dont nous saluons affectueusement la mémoire.
En juillet 44, le camp Wodli est fort d’environ 300 hommes répartis dans plusieurs détachements. Celui qui  interviendra à Saint-Paulien est cantonné à La Chapelle-Bertin. Il est commandé par Antoine Angéli dit John.
Le 20 juillet, un groupe de neuf maquisards est à Saint-Paulien en mission de ravitaillement. Ils postent deux hommes avec un fusil mitrailleur pour surveiller l’entrée sud du bourg, au carrefour des trois routes de Blanzac, Saint-Vincent et Le Puy.
Dans le milieu de l’après-midi, aux alentours de 15 heures, un convoi allemand composé d’un car et de deux camions bâchés venant du Puy et se dirigeant sur Ambert débouche devant la gendarmerie. Les sentinelles tirent sur le car qui est en tête du convoi et se sauvent abandonnant leur fusil-mitrailleur. Des Allemands sont blessés, d’autres tués.
Très vite, les Allemands quittent les camions, pénètrent dans la gendarmerie et se déploient sur la colline du Verger. Ils mettent des mitrailleuses en batterie et tirent sur tout ce qui bouge.
Les Allemands tirent sur les sept maquisards qui se replient en direction d’Allègre. Ils tuent, au pont des Ribbes, un civil en vacances à Saint-Paulien, Georges Auberger, qui rentrait chez lui à vélo avec son petit garçon.
Les 7 hommes en mission à Saint-Paulien rentrent à leur camp de base à La Chapelle Bertin, les 2 sentinelles sont manquantes ; leurs camarades les croient prisonniers des Allemands et décident d’aller les délivrer.
La Brigade spéciale est envoyée en éclaireur avec la mission de se renseigner mais de ne pas intervenir. La B.S. est formée de jeunes à peine plus aguerris que les autres. Cinq hommes la composent qui embarquent à bord d’une traction avant : Jean Bourbon dit Jean, 36 ans, de Firminy, Régis Cros dit Désiré, 20 ans, de Rochepaule Ardèche, Noël Johanny dit Johanne, 23 ans, de Jax, Joseph Joly dit Jojo, 18 ans, de Rive de Gier et Dominique Martinez dit Tom, 18 ans, également de Rive de Gier.

A 1,500 km de Saint-Paulien, dans le dernier virage à droite avant le pont de Bourbouilloux, virage qui a été rectifié depuis, les membres de la B.S. arrêtent la traction dans un chemin à droite et se mettent en position sur un talus. A ce moment là, un convoi allemand arrive de Saint-Paulien précédé par des motards. Les occupants des camions ennemis aperçoivent les maquisards, leur tirent dessus, descendent des véhicules, mettent des mortiers en batterie et se déploient. Submergés sous le nombre, les membres de la B.S. doivent s’enfuir. Noël Johanny essaie de sauver la voiture. Il n’y parviendra pas et sera mortellement atteint. Les Allemands poursuivent les maquisards dans les blés très hauts à cette époque de l’année. Désiré et Jojo sont abattus. Jean parvient jusqu’à la maison de Champagne où il est tué. Seul Tom, le plus petit, moins d’un mètre soixante, peut s’échapper en direction de la Borne.
Les maquisards restés à La Chapelle Bertin ne veulent pas rester inactifs et partent à la suite de la B.S. Mais les camions de l’époque marchent au gazogène et il faut du temps pour les mettre en route. Un premier camion avec 15 maquisards et 2 F.M. quitte Allègre 25 mn après la B.S. Un deuxième camion part 20 mn plus tard.
Après le virage du carrefour de Lissac, les occupants du premier camion  aperçoivent la voiture de la B.S. avec des civils autour qu’ils prennent d’abord pour des camarades avant de s’apercevoir bien vite qu’il s’agit de miliciens, sans doute venus du Puy après l’accrochage. Antoine Tessarolo dit Brésil repère des Allemands sur sa droite et vide deux chargeurs de F.M. Le camion sera immobilisé dans la descente une centaine de mètres avant le virage où se trouve la voiture de la B.S. Brésil sera tué mais il va permettre à ses camarades de descendre du camion, de se mettre en position et finalement de se replier vers le ruisseau du Bourbouilloux qui se trouve en contrebas. La topographie des lieux était favorable aux maquisards. Les Allemands avaient pris position à droite sur un talus surplombant la route qui va vers Saint-Paulien. A gauche de la route, une forte pente descend vers le Bourbouilloux ; elle a permis aux maquisards de se soustraire aux balles allemandes et de rejoindre le lit du ruisseau.
Tous les hommes du premier camion, à l’exception d’un seul, le tireur du F.M., Brésil, ont pu se replier et rejoindre leur camp le lendemain avec deux blessés : Dante et Mimile.
Après le combat, le camion est descendu par les Allemands sur la route jusqu’à la cour de la ferme de Bourbouilloux où il se trouvait encore le lendemain.
Les hommes du deuxième camion auront moins de chance. Ils sont attendus sur le plateau de Champagne et leur camion sera arrêté ici même, à l’endroit où se trouve la stèle commémorative. Il semble bien que les Allemands se soient postés cette fois-ci à l’est de la route empêchant ainsi le repli vers le Bourbouilloux. Le combat se poursuivra jusqu’à la nuit.

7 occupants du deuxième camion trouveront la mort : René Krebs dit Firmin, 22 ans, de Villerupt (54) qui conduisait l camion –- Pierre Avinain dit Benoit, 19 ans, de Roche La Molière – Louis Baché dit Michel, 19 ans, de La Ricamarie – René Cordat dit Mateo, 25 ans, de Saint-Etienne – André Malpeyre dit Ernest, 16 ans, de Clermont-Ferrand – Georges Puvel dit Robin, 20 ans, de Saint-Galmier – Roger Carré dit Roger.
Dans le journal de marche de l’EM principal de liaison n° 588, les Allemands font état de 5 tués et de 4 blessés dans leurs rangs et de 5 prisonniers. Des témoins oculaires ont vu des miliciens rudoyer ces prisonniers et les charger dans un camion. Camille Pradet et ses camarades ont retrouvé l’identité de deux d’entre eux : François Perez dit Armino, né le 17 août 1920, et Marcel Seguin dit Marc, né le 10 janvier 1921 firent partie de la vingtaine de prisonniers qui furent transférés du Puy à Lyon le 10 août. François Perez et Marcel Seguin quittèrent Lyon le 20 août dans le convoi n° 440 à destination de l’Allemagne. Marcel Seguin fut déporté à Mathausen où il est mort le 19 avril 1945 ; François Perez fut déporté à Dachau où il est mort le 8 mai 1945. A la demande de Camille Pradet, nous avons fait inscrire leurs noms sur cette stèle.
Le lendemain 21 juillet, dans la matinée, des résistants d’Allègre sont venus ramasser les corps des maquisards. Il y avait Causse dit Cassoulet, Mercier, Bay, Bonnefoy, le capitaine Couderc, Renoird, etc. … Paul Ampilhac se souvenait d’avoir recueilli six corps sur la plaine autour du deuxième camion et un septième un peu plus bas. Monsieur Potus, de la ferme de Champagne, fut réquisitionné avec son char pour récupérer dans les champs autour de sa maison d’autres corps de maquisards. Ceux-ci furent regroupés et chargés dans le camion d’Alfred Pubellier d’Allègre. Des hommes et des femmes procédèrent sur le quai de la gare d’Allègre à la toilette des morts avant de les inhumer dans le cimetière de cette localité. Tous sauf Noël Johanny dont le père, percepteur à Craponne, récupéra le corps de son fils.

Vous remarquerez qu’il n’y eut aucun blessé parmi les maquisards. Ceux-ci étaient sauvagement achevés à coups de crosse, peut-être par les Tatars présents à ce combat et dont quelques uns ont cependant déserté. Tom se souvenait de son copain Jojo de Rive de Gier, complètement défiguré, « ils l’avaient massacré » m’avait-il confié.
Des témoins ont entendu ces jeunes maquisards chanter « La Marseillaise » en descendant d’Allègre dans leurs camions, « La Marseillaise », un chant interdit à l’époque.
On mesure aujourd’hui le manque de formation militaire et l’imprudence de ces jeunes gens venus combattre en ordre dispersé un ennemi aguerri. On doit mesurer aussi leur enthousiasme, leur volonté de participer activement à la cause commune de notre libération, leur volonté de ne pas rester les bras croisés quand d’autres se battaient pour eux. Cet héroïsme simple doit nous inciter à continuer à honorer leur mémoire. »

Après ce récit très plein d’émotions, Paul Calmels secrétaire de l’ANACR (Association Nationale des Anciens Combattants et Amis de la Résistance) citait les noms des victimes inscrits sur la stèle ; suivaient le dépôt des gerbes, la sonnerie aux morts,  l’hymne national et le Chant des Partisans. Tous les participants étaient ensuite conviés par Laurent Duplomb dans les jardins de la mairie afin de  partager un instant de convivialité.

Les acteurs de cette période étant de moins en moins nombreux, il appartient désormais aux mairies de perpétuer ce devoir de mémoire envers ceux qui ont sacrifié leur vie pour notre liberté.

Valérie Ollier