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Célestine Gibert honorée

10/02/2017
Célestine Gibert honorée

Publié le 15 mars 2014 par Roger Maurin

Célestine Gibert était née Célestine Marie à Blanzac le 14 mars 1909. Pendant la guerre, elle exploitait avec son mari Dominique, un café dans la grand’ rue et après guerre, lorsque les bals ont à nouveau été autorisés, un dancing fréquenté par toute la jeunesse des alentours, une jeunesse  que Célestine Gibert accueillait avec bienveillance et clairvoyance tandis que l’orchestre musette sous la direction de Maurice Chandès, égrenait jusqu’en début de soirée valses, tangos, rumbas et paso doble.
Célestine a eu deux enfants, Adrienne née en 1931 et Yves né en 1936. Après le décès de son époux, Célestine a poursuivi son commerce avec son fils Yves et sa belle fille Andrée, ici présente aujourd’hui, qui lui ont ensuite succédé jusqu’à l’heure de leur retraite.

Né en 1936, j’ai le même âge que Yves et Andrée. J’ai bien connu Célestine et je l’aimais bien. Je l’ai bien connue, pas sûr, car comme beaucoup d’habitants de Saint-Paulien, j’ai longtemps méconnu son passé de résistante dont elle ne faisait pas état.

C’est ce passé de résistante que nous honorons aujourd’hui en donnant son nom à ce square où nous nous trouvons actuellement à l’occasion de la journée internationale de la femme.

C’est un épisode de ce passé que je vais maintenant brièvement rappeler :

Il y a 70 ans,
Le 18 mars 1944, à 4 h 40 d’importantes forces de police allemandes évaluées à une centaine d’hommes (civils et militaires) armés de mousquetons et de mitraillettes, en camions automobiles, cernent le centre de Saint-Paulien. Cinq perquisitions sont effectuées en vue, semble-t-il, de découvrir le refuge du commandant Labourier Eugène, entrepreneur de transport au Puy, recherché depuis le 11 février, date de sa disparition.
Ont été perquisitionnées les maisons suivantes : Hôtel Gayte, Café Philippon, café Gibert, maison Mirabel. Robert Mirabel, le fils de la maison, se souvient avoir été réveillé lors de la perquisition. Madame Labourier était alors hébergée chez Mirabel avec son fils qu’elle avait eu d’un premier mariage. Ils seront plus tard tous deux déportés ; elle survivra mais son fils mourra en déportation.
Philippe Gayte et son employé Jeannot Gazanion seront emmenés à la Feldgendarmerie du Puy puis relâchés le jour même vers 10 heures.
Au café Gibert, la famille dormait au deuxième étage, Adrienne et Yves dans la chambre de leurs parents ; Adrienne avait laissé sa chambre à Eugène Labourier. Célestine Gibert, la maman, a entendu du bruit et a réveillé son mari Dominique qui est descendu au rez-de-chaussée à la rencontre des Allemands. Pendant ce temps, Célestine a réveillé Eugène Labourier et l’a caché dans un placard dissimulé dans le mur (les portes du placard n’étaient pas apparentes parce que tapissées avec le même papier que les murs). Elle a ensuite pris sa place dans le lit chaud où les Allemands l’ont trouvée feignant d’être malade.
La population de Saint-Paulien a été vivement impressionnée par cet important déploiement de force. Joséphine Favier, employée par Madame Gayte-Charbonnière dormait au premier étage du café Gibert ; elle se souvenait parfaitement de cet épisode des années noires de l’occupation et de la grande frayeur qu’elle avait connue.
On peut supposer que le commandant Labourier avait été dénoncé.
Pour cet acte de résistance, Célestine a été citée à l’ordre du Corps d’armée et décorée de la Croix de Guerre au titre des Forces Françaises combattantes avec la citation suivante : « Entrée dans la Résistance au réseau Buckmaster, début 1943, patriote ardente d’un courage et d’un mépris total du danger, a sauvé son chef de réseau caché chez elle ».

Au début de la guerre, Dominique Gibert travaillait avec l’entreprise de grains Eiller et Kleen installée à Saint-Paulien dans un local aujourd’hui occupé par La Poste. En 1943, lorsque les persécutions des Juifs se sont intensifiées, Célestine a caché une jeune fille de confession juive : Lili Kleen, une jeune fille très belle que n’a pas oubliée Adrienne Gibert.

Célestine Gibert est sans doute une des rares femmes résistantes de Saint-Paulien. Elle ne parlait jamais de son engagement et c’est seulement lors de ses obsèques que la plupart des habitants de Saint-Paulien ont appris son passé de résistante. Outre sa Croix de Guerre, ayant caché des enfants juifs, elle aurait pu aussi se voir décerner le titre de Juste parmi les nations.

Saint-Paulien, le 8 mars 2014. Roger Maurin